Lutte contre les impacts de l’épidémie de la Covid-19  Reckya Madougou plaide pour un nouveau paradigme socio-économique

Lutte contre les impacts de l’épidémie de la Covid-19 Reckya Madougou plaide pour un nouveau paradigme socio-économique

Deux semaines, après avoir co-signé en compagnie de 24 intellectuels africains, une tribune dans l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, Reckya Madougou remet le couvert. Cette fois-ci en terme de contribution à une série d’articles initiée par le bureau Afrique de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung (FES) sous le thème « Rupture : Comment Covid-19 affecte les sociétés à travers l’Afrique ». Dans la lutte contre la pandémie de la Covid-19, l’ancienne Garde des Sceaux et aujourd’hui experte internationale en finance inclusive ne tarit pas de réflexions et mise sur des solutions à l’africaine au profit des Etats africains. En effet, elle plaide pour un nouveau paradigme socio-économique en Afrique pour faire face à la pandémie et ses impacts.

Que des perspectives angoissantes ! Tous les indicateurs sont à la baisse et l’embellie espérée se volatilise. Dans presque tous les pays au sud du Sahara, la croissance est rattrapée par l’infection à Covid-19. De 2,4% en 2019, la région craint -5,1 % cette année. En un quart de siècle, c’est la toute première récession enregistrée. Et ce n’est pas tout : entre 20 et 50 millions d’emplois sont menacés selon l’Union Africaine et l’Organisation des Nations Unies. Mais, il n’y a pas à désespérer selon la Conseillère Spéciale du Président de la République Togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé. Car, « tant il est vrai que toute crise porte en son sein les germes d’un bon qualitatif ».

Pour elle, la pandémie offre alors une occasion propice à réinventer les politiques publiques et à déconstruire au besoin les modèles actuels de capitalisme qui n’a de cesse à broyer les plus vulnérables pour qui le Coronavirus est d’abord une catastrophe humanitaire avant d’être une crise sanitaire. Dans la réflexion mise donc à la disposition de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung (FEB), elle indique des solutions sur de deux niveaux. « Il est urgent de protéger les personnes et les entreprises les plus vulnérables. Créer un cadre spécial de mécanismes de résilience » dit elle avant d’ajouter : « Le défi est d’œuvrer à construire une économie à la fois libérale et suffisamment régulée pour être solidaire. Une économie privilégiant les réponses aux enjeux de développement durable, fondée sur l’équité et sur la promotion des capacités d’initiative et d’innovation locales, endogènes ou adaptatives. »

Chiffres à l’appui et dans un réalisme ingénieux, elle offre une lecture nette et promeut une économie tournée vers le capital humain, basée sur l’investissement social productif. En ces moments de mesures fortes comme le confinement ou couvre-feu, les acteurs de l’économie informelle sont les plus exposés à la précarité. Ils sont 60% d’actifs de la planète. « L’informalité représente jusqu’à 50% du PIB national dans la sous-région ouest-africaine. J’insisterai sur le secteur alimentaire informel parce qu’il contribue largement à la sécurité alimentaire. Sa contribution à l’emploi est de 72% des emplois non agricoles en Afrique subsaharienne selon l’Organisation Internationale du Travail », écrit Reckya Madougou.

En plus de favoriser le refinancement des Institutions de Microfinance (IMF), elle trouve que le soutien aux emplois agricoles doit être densifié. C’est ce à quoi doit servir la mobilisation actuellement en cours et le moratoire sur la dette africaine sollicité en allouant systématiquement des ressources à la santé, la protection sociale pour tous et l’autonomisation économique. En somme, privilégier le capital humain tout en combatant les inégalités. Et c’est pourquoi, elle propose cinq principaux axes à privilégier : l’écologisation de l’économie grâce à la promotion du concept d’entrepreneuriat vert, l’entrepreneuriat des jeunes avec un accompagnement spécifique, l’entrepreneuriat social, le renforcement des microcrédits à travers un modèle de crédit universel et d’épargne rurale. Et enfin, ce qu’elle appelle un « New Deal » pour des investissements directs dans la petite production agricole. « Au total, la crise actuelle est révélatrice de l’une des contradictions désormais les plus profondes du modèle qui a cours quant à la valeur qu’il accorde à la vie humaine », a-t-elle conclu.

Cet article a 1 commentaire

  1. Dr GERARD

    Les pays africains doivent élaborer une stratégique commune de riposte du COVID-19 et de mobilisations de ressources financières en s’appuyant sur les organisations non gouvernementale de la société pour mener des plaidoyers auprès des partenaires techniques et financiers. Nos gouvernants dans la gestion de cette pandémie ne doivent pas perdre de vue les répercussions socio économique qu’elle a engendré pour prévenir une crise humanitaire de nos pays.

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